La fête gâchée ?
Football / National : Après Rouen - Racing (1-2)
Le Racing a arraché le droit de jouer la montée à l’occasion de sa dernière sortie. Mais le président a choisi de ne rien faire comme les autres. Jafar Hilali envisage d’imposer le huis clos pour la rencontre programmée vendredi, face à Bayonne.
À Rouen, Sikimic, Ledy et les autres ont prolongé les incroyables séries en cours. Pour la 19 e fois d’affilée, ils n’ont pas quitté une pelouse vaincus. Sans dominer outre mesure, ils ont donné une leçon de réalisme pour bâtir leur 7 e victoire lors des dix derniers déplacements.
Menacés de devoir se contenter définitivement de la 4 e place en cas de contre-performance, ils ont pris position sur le podium. Ils peuvent même être promus dès vendredi. Une victoire face à Bayonne, combinée à une défaite de Guingamp, les enverrait à l’échelon supérieur.
« On n’est pas encore maître de notre destin, mais maintenant, c’est eux les poursuivants », modérait néanmoins Laurent Fournier. Sur le coup, le coach s’est montré d’une indispensable lucidité, puisqu’une récolte bretonne de quatre points en deux matches priverait le Racing de L2.
Peut-être un Waterloo au programme
« Ce qui se passe me fait plaisir, parce que les joueurs et le public strasbourgeois méritent une dernière comme ça », a poursuivi l’entraîneur. En la circonstance, il s’est peut-être trompé. Car dans la litanie des initiatives de son patron, celle en préparation n’est pas loin de couronner une rocambolesque présidence.
Depuis qu’on a entendu parler de lui, lors de l’intronisation de Julien Fournier, évoquant un mystérieux « Monsieur Jafar » le jour où le Marseillais s’est présenté comme président-salarié, les épisodes les plus incroyables se sont succédé. Entre les atermoiements pour une vente, oui, non, peut-être, une absence systématique à domicile les jours de match, les réguliers rappels à l’ordre de la DNCG, le vrai-faux limogeage de Laurent Fournier, les retards de paiement et tout le reste, il n’y a guère eu le loisir de s’ennuyer.
Vendredi prochain, c’est peut-être un Waterloo qui est au programme. « Le match face à Bayonne se déroulera à huis clos, a indiqué Jafar Hilali, hier. Il y a encore eu une bagarre à Rouen, après des fumigènes face à Rodez. Je suis responsable de la sécurité dans le stade. Je vais informer la préfecture de ce souci. »
Les joueurs strasbourgeois joueraient leur ultime chance d’accéder à la Ligue 2 devant des tribunes vides ou presque puisque le dirigeant qui vit à Londres a dans l’idée d’assister à la rencontre. Le n°1 serait ainsi l’auteur d’une ultime pirouette avant de passer la main via une revente du club ou un dépôt de bilan. Serait-ce une simple provocation ou une ultime occasion de faire le malin ?
Un incident plutôt anodin à Robert-Diochon
Alors qu’il a trouvé une solution financière pour garantir le budget de la saison actuelle avec la revente des droits conservés sur Kevin Gameiro à Lorient pour une somme un peu inférieure à 1,5 million d’euros, Hilali tirerait sa révérence sur une décision inouïe. Vilipendé par les supporteurs, et notamment les UB90, il s’appuie sur un incident plutôt anodin.
À la fin de la rencontre remportée au stade Robert-Diochon, une cinquantaine de supporteurs a voulu se rapprocher du grillage entourant le terrain pour féliciter ses champions. Les stadiers — dont au moins un a tombé la veste fluorescente pour en découdre — ont fait preuve d’un certain zèle. Au terme de la courte échauffourée, on aurait déploré un nez normand cassé. Pas de quoi être fier, assurément, mais pas non plus de quoi en faire une affaire d’État.
En tout cas, interdire l’accès de la Meinau à tous relèverait de la plus incroyable des sanctions d’un dirigeant à l’encontre de son propre public dans l’histoire du foot. « Je ne suis pas du sérail », justifie Jafar Hilali. Le projet demande néanmoins à être concrétisé. Le président a-t-il d’abord seulement le droit de priver le public du match ? L’interdiction de stade envisagée pour les UB90 il y a quelques mois avait été empêchée puisqu’aucune procédure administrative, émanant de la préfecture, ou judiciaire, ne l’avait justifiée.
En pareil cas, le « trouble à l’ordre public », qui peut être évoqué, ne s’appliquerait-il pas à l’intention de fermer la Meinau ? La question se pose. Mais la municipalité a été contrainte de réagir avec fermeté à l’éventualité. « Cela me paraît totalement inconcevable, a commenté Alain Fontanel, l’adjoint en charge des finances à la ville de Strasbourg, vice-président de la CUS et… habitué des travées de la Meinau. Il est inimaginable de priver les spectateurs comme les joueurs de ce dernier match qui doit être une fête. » Jafar Hilali, tout en mégalomanie, lui, l’a imaginé.
François Namur
